jeudi 24 octobre 2019

Cours de la criminologie

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Cours de la criminologie




Cours de la criminologie

Plan général du cours
Chapitre Ier : Définitions et objet de la criminologie
Chapitre II : Histoire des théories criminologiques
Section 1 : - les origines de la criminologie
Section 2 : - les théories criminologiques en sociologie
Section 3 : - Psychologie de la délinquance
Chapitre III : Développement de questions contemporaines
•           Délinquance et victimes
•           Criminalité et ethnicité
•           Tendance de politique criminelle en matière de délinquance urbaine
Chapitre IV : Victimologie et politique en faveur des victimes
•           La victime comme objet scientifique
•           Les enquêtes de victimation
•           Assistance, droit et aide aux victimes
•           Peur du crime et victime
•           Victimes et justice restauratrice
Chapitre V : Les courants psychologiques, psychanalytiques et cliniques au 20ème      siècle
Chapitre VI : Tendances de politiques criminelles en matière de délinquance urbaine.






Chapitre Ier : Définitions et objet de la criminologie

1.        La diversité des définitions de criminologie
Définition d'Emile DURKHEIM (1795) : "Nous constatons l'existence d'un certain nombre d'actes qui présentent tous ce caractère extérieur que,   une fois accompli, ils déterminent de la part de la société cette réaction particulière appelée peine. Nous faisons de ces actes un groupe sui generis. Nous appelons crime tout acte puni et nous faisons du crime l'objet d'une science spéciale: la criminologie.

DURKHEIM définit le crime en fonction de la réaction sociale, la peine. Les actes qui intéressent sont ici, les actes figurants dans le code pénal.

Définition générale : étude scientifique du phénomène criminel ou science du crime.

Ces définitions ne tiennent pas compte des divergences et des controverses à propos de l'extension du concept de criminologie.

1.1    Définitions larges et définitions étroites

Enrico FERRI, membre de l'école positiviste italienne où la criminologie fut institutionnalisée, définit la criminologie comme la somme de toutes les sciences criminelles (pénologie, criminalistique, politique criminelle, balistique) en ce compris le droit pénal.

Edwin SUTHERLAND (sociologue américain) définit la criminologie comme la science qui étudie l'infraction en tant que phénomène social.

Il assigne à la criminologie un vaste domaine englobant les processus d'élaboration des lois (criminalisation primaire, qui renvoie aux modes et causes d'élaboration des lois) ou sociologie législative, l'infraction aux lois (étiologie), les réactions provoquées par l'infraction aux lois (pénologie).

Cette conception contenait des développements nouveaux notamment que la criminologie ne peut se départir du processus de réaction sociale.

Les définitions "étroites" donnent comme but exclusif l'étude de l'étiologie et de la dynamique criminelle.
Les définitions étroites écartent du domaine de la criminologie le droit pénal, la sociologie et la prophylaxie criminelle (prévention des crimes).

Jean Pinatel, juriste français, père de la théorie   du noyau central de la personnalité criminelle, découpe la criminologie en deux branches distinctes:
La criminologie clinique, qu'il définit comme la science pratique consistant en l'approche multidisciplinaire du cas individuel en vue de son   traitement et la prévention de la récidive.
La criminologie clinique, à l'instar de la médecine s'applique en trois phases. Premièrement, le diagnostic qui a pour but de comprendre les causes et les raisons du passage à l'acte. Ensuite le traitement, et pour terminer le diagnostic. La question du pronostic renvoie au concept de dangerosité.




La criminologie générale définie comme la science théorique qui va coordonner les diverses données qui sont recueillies   sur les facteurs et les mécanismes de la délinquance.

La criminologie générale comprend cinq sous-secteurs :
1)       La criminalité (ensemble des infractions produites en un moment donné sur un territoire donné.
2)     Le criminel : tentative d'établissement d'une typologie
3)     Le crime : classement des comportements   contraires aux normes pénales
4)     La victimologie : (étude des victimes (forme de victimalisation secondaire) et méthodes de "soulagement" des victimes.
 Concept de stigmatisation (réaction à "l'étiquette" collée par la société). La réaction sociale impliquerait le crime.Réaction sociale : mouvement des années 1960, certains comportements délinquants le deviennent à cause de la réaction sociale. 

1.2 Conceptions subjectivistes vs. Objectivistes

Les conceptions subjectivistes (ou science du délinquant) trouvent leurs origines à l'essence même de la criminologie, dans l'école positiviste italienne et dans la définition de "l'homme criminel". Pour eux, le crime est un indice de l'homme délinquant.

Etienne DEGREEFF, médecin et anthropologue belge qui travaillait dans les prisons, se démarque des positivistes par rapport au déterminisme de l'homme criminel. DEGREEFF fait une enquête biographique et personnelle des criminels. Il travaille sur l'acte à travers la vision que le criminel a de lui-même. Il a déterminé un processus du passage à l'acte criminel.

Conception objectivistes :   Les objectivistes essayent d'établir des régularités objectives (des structures et des lois) indépendantes des consciences et volontés personnelles. Elle fait du délit et de la réaction sociale l'objet de l'étude.
Dans les années 60-70, dans les pays anglo-saxons, est apparu un nouveau courant nommé criminologie critique ( ou criminologie radicale, ou criminologie nouvelle ou criminologie néo-marxiste). Dans le l'ouvrage de Taylor, Walton et Young " The new criminology" (1967), l'action criminelle doit être considérée comme un acte politique par lequel un délinquant exprime son rejet du pouvoir en place, un refus de l'organisation sociale de la société capitaliste qui créent des discriminations (majorité des criminels en prison ont fait des atteintes à la propriété, les personnes nanties bénéficies d'un système de règlement des conflits différents..)
1.3 Conceptions étiologiques vs. Dynamiques

Au début des années 1950, le débat subjectif/ objectif se double d'une nouvelle controverse. L'affinement des méthodes de statistiques tentent de mettre en évidence des causes de délinquances ainsi que des lois de son apparition. L'option causaliste ne donne cependant que des résultats très minces et est finalement abandonnée. Les efforts sont concentrés sur le processus d'apparition de la délinquance.
Ce processus désigne toute succession d'événements se déroulant selon un certain ordre marqué par un commencement, un déroulement et une fin. On constate l'importance de la dimension temps.
La vision causaliste n'envisage la dimension temps que par rapport à l'antériorité de la cause quant aux faits.

La théorie dynamique :
Etienne DEGREEFF a mis en évidence des étapes progressives conduisant au passage à l'acte. DEGREEFF dirigeait l'école criminologique de Louvain dite "école de l'acteur social".
Il existerait un état dangereux pré-délictuel. Il a constaté que le processus est identique qu'il soit en présence d'homme normaux, semi-normaux ou pathologiques. Plus de 70% des sujets préviennent par des paroles ou des signes avant leur passage à l'acte. Cette période peut varier de quelques jours à quelques années. Ces avertissements doivent être perçus comme une dynamique avant le passage à l'acte.

Etude du crime passionnel : la plupart des hommes ayant tué leur femme mûrissent cet acte   pendant une longue période et passent par plusieurs phases:





1)       l'acquiescement mitigé : ils prennent conscience du bénéfice de la disparition de leur femme mais n'osent pas admettre qu'il seront l'agent de cette disparition.
2)     L'assentiment formulé : ils commencent à accepter qu'eux même pourront faire disparaître leur femme. Ils essayent d'atteindre leur femme par des moyens "légaux" (calomnie…)
3)     Période de crise : ils constatent qu'ils vont devoir passer à l'acte. l'individu se sent mal et là, apparaissent des faits révélateurs.
4)     Passage à l'action

Il y a des processus sociologiques présentants des processus à étapes. Howard BECKER s'intéressant à la déviance, introduit le concept de carrière criminelle.
Ex: les consommateurs de Marijuana commençant avec des copains. Il apprend d'abord à en reconnaître les effets, augmente sa consommation et apprend à gérer socialement sa consommation.

1.4 Etude du passage à l'acte et étude de la réaction sociale

Ce clivage apparaît dans les années 1960. La criminologie était autrefois considérée comme une discipline permettant de comprendre les causes du fait criminel. La réaction sociale était envisagée comme criminogène. "La prison est l'école" Victor Hugo.
Une inversion des relations cause/effet est envisagée, la réaction sociale mène au crime et plus l'inverse. Des courants de pensées tels l'interactionnisme symbolique, la sociologie de la déviance, la théorie de l'étiquetage, la criminologie critique, l'abolitionnisme, la nouvelle criminologie, la criminologie constructiviste reprochent aux positivistes de ne pas s'être interrogé sur la notion de crime et d'en avoir fait un acte naturel.
L'existence même du crime tient d'une loi. Tout le processus de définition sociale de la déviance est crucial.
Comment un acte en vient-il à être criminalisé? Pourquoi certains délinquants sont-ils punis et d'autres pas? Quelles sont les conséquences de la stigmatisation?

Les théories de la réaction sociale sont fort différentes de la criminologie du passage à l'acte.
La variable dépendante cesse d'être le crime ou le criminel mais devient la réaction sociale à la déviance. Les criminologues du passage à l'acte traitent de la prison et des peines comme variable indépendante. Ils voulaient savoir si les lois et les mesures produisent les effets dérivés.

Les criminologues de la réaction sociale s'intéressent à la réaction sociale pour elle-même et la considère de manière critique. Ils perçoivent le système de politique criminelle comme une machine à crimes fonctionnant à coups de stigmatisations et d'impartialité.   La criminologie critique récuse la légitimité du droit pénal et le problème criminologique se situerait dans le système pénal.
La déviance est une construction sociale. La criminalisation est une arme aux mains des puissants et la stigmatisation va amplifier la déviance.

1.5 La définition d'Alvaro Pires:

La criminologie est un champ d'étude et une activité complexe de connaissances interdisciplinaires, de nature à la fois scientifique et éthique, ayant pour but la compréhension et l'élucidation du problème criminel au sens large (c-à-d allant des comportements au phénomène social) .
Le champ d'étude désigne des savoirs ayant des thèmes communs et différentes rationalités. La criminologie doit effectuer ses contrôles sans tris préalables.
L'activité complexe signifie que la criminologie doit articuler différentes disciplines (dont le droit), des théories des pratiques, des éthiques et des valeurs.
Il existe un débat sur l'appellation des savoirs, sur le statut scientifique de la criminologie, sur l'identité du criminologue ( contrôleur social, agent d'ordre…)
2. Criminologie et droit pénal
La distinction entre ces deux disciplines est reliée à l'histoire du droit pénal.
On peut relier l'origine du droit pénal à la publication du Traité   des délits et des peines de Cesare Beccaria paru en 1764. Ce traité est une forme de révolte contre le système de justice de l'ancien régime. Dans cette optique, les juges disposaient d'un pouvoir absolu sur ceux qu'ils étaient amenés à juger. Cela conduisait à des séances de torture en public. Il régnait une insécurité et un arbitraire juridique total. La naissance de la criminologie est liée à la contestation de ce régime.
Beccaria plaide pour cinq grands principes de justice:
1)       La justice doit être égale pour tous
2)     Les lois doivent être écrites et codifiées afin que nul ne l'ignore
3)     Les lois doivent être sûrement et prestement appliquées (la certitude d'être jugé et la célérité du jugement peuvent avoir un effet préventif)
4)     La peine doit être définie par la loi
5)     La punition doit être humaine (Beccaria prône l'abolition de la peine de mort, la classification des détenus, l'étendue des privations de liberté…)
Il résume ses principes sous l'adage " Nullum crimen nulla poena sine lege".





Trois idées sous-tendent au droit pénal:
1)       L'homme est rationnel, il est doté du libre arbitre.
2)     L'homme est responsable de ses actes (principe de l'Homo Economicus).
3)     La peine est considérée comme ayant un effet dissuasif.

Les idées de Beccaria sont à la base de la convention des droits de l'homme et de la rédaction des codes pénaux.
Les principes de Beccaria ont une influence capitale sur de nombreux codes pénaux. La peine doit étroitement coller au crime avec une certaine forme d'automatisme. La rigidité des codes pénaux ne permet cependant pas de tenir compte de la personnalité du criminel ni des circonstances.
Le principal obstacle est que le même traitement est d'application pour tous (criminel primaire ou récidiviste, enfant ou adulte…)
Dans le code français de 1810, est introduit le principe de la fourchette. En 1819, des lois instaurent les circonstances atténuantes objectives. Les circonstances atténuantes subjectives sont introduites en 1832.

Au 19 ème siècle, les médecins interviennent beaucoup dans la politique criminelle. Le médecin Pinel fait supprimer les chaînes dans les pénitenciers. Peu à peu, la médecine se forge une place dans le procès pénal.
Les psychiatres commencent à établir des typologies, surtout en ce qui concernent le discernement des criminels.

La criminologie se forme contre le droit pénal. Plusieurs positions se forment par rapport à l'imbrication des deux disciplines.
Le droit procède à une analyse des sources et des textes. La criminologie est une science empirique, elle puise dans le réservoir des sciences sociales. Les sciences empiriques écartent la spéculation, la simple déduction et la métaphysique. Le droit pénal est une discipline normative, de--SS--ive, disant ce qui doit être, définissant en cadre les comportements à adopter par les individus. La criminologie part de l'observation, tente d'approcher la réalité, de rendre compte de la criminalité, de dépeindre le criminel. La criminologie tente de mesurer les résultats de la politique criminelle.

Le crime nécessite une approche particulière. Le droit pénal et la criminologie sont liés par certaines relations. Le droit pénal est un axe par lequel la criminologie effectue ses recherches. Les pénalistes ne peuvent ignorer la criminologie, évoluant notamment autour de la justice réparatrice.

Quelle est l'influence de la criminologie sur le droit pénal ?

Les positions multi-factorielles considèrent que le droit pénal est le résultat de sources multiples (histoire, pression philosophique…). La conception de certains auteurs est celle d'un droit pénal criminologique où la criminologie doit fournir des indications pour empêcher la récidive et le passage à l'acte.
La vision du droit pénal criminologique était défendue par les positivistes italiens.

Il faut distinguer le droit pénal général du droit pénal spécial (qui dicte les comportements interdits). Les incriminations du droit pénal spécial reflètent les valeurs et les fondamentaux de chaque société. Au sein du droit pénal spécial, la criminologie est beaucoup moins présente.

Au sein d'une démocratie, les enjeux de la politique criminelle doivent être déterminé dans un débat démocratique entre deux pôles:
 le pôle "défense de la société/ sécurité/ maintien de l'ordre public"•
 le pôle "justice/ protection des droits de l'homme/ protection des libertés individuelles"•





3. La criminologie et la politique criminelle

De la distinction entre criminologie et politique criminelle

La politique criminelle est l'organisation rationnelle de la lutte contre le crime sur base des données de la science criminologique. Elle désigne l'ensemble des mesures à prendre pour tenter de faire diminuer le crime. Elle indique des techniques de préventions sociales et de situation préventionnelle (target hardening). Le target hardening conduit à un déplacement de criminalité (les banques étant mieux protégées, ce sont les petits commerces qui sont maintenant cibles de hold-up).
La politique criminelle s'attache également à la raison des punitions.

4. la criminologie et la criminalistique

La criminalistique est l'ensemble des sciences et des techniques utilisées en justice pour établir le fait matériel de l'acte délictueux et la culpabilité de l'individu. Elle englobe la médecine légale, la police scientifique, l'entomologie cadavérique, la balistique, la psychologie judiciaire. La criminalistique a un but exclusivement probatoire et est annexée à la procédure pénale.

5. La criminologie et la pénologie

L'ancien nom de la pénologie est la science pénitentiaire. Elle est devenue la science des peines avec l'apparition des peines alternatives. La pénologie a pour objet le traitement des délinquants.


Chapitre 2 : Origines et premiers développements de la criminologie.

1.        La contextualisation scientifique du positivisme en criminologie
1.1    La phrénologie
La phrénologie (ou cranioscopie) est fondée par Franz Joseph Gall (1768-1828). De 1810 à 1819, il publie les quatre volumes "anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier". Ils s'intéresse aux localisations.   Selon lui, le cerveau est composé d'une juxtaposition de zones marquées par des penchants. Le comportement humain serait contraint par le jeu de ces différents penchants. Le latent serait perceptible à partir du manifeste. Le comportement se moule dans la forme du crâne. Si le crâne est développé en un point, l'individu aura tendance au comportement caractérisé par le penchant. Il constate que certains pencant sont communs aux hommes et aux mammifères :
 l'instinct de défense de soi-même (conduisant aux rixes)•
 l'instinct carnassier (conduisant au meurtre)•
 l'instinct de convoitise (conduisant au vol)•
La phrénologie permettrait de prédire les comportements. Trois saillies intéresseraient le droit pénal :
 le conduit auditif externe, caractéristique des classes dangereuses, des chiens et des coqs de combat, correspond à l'instinct de défense de soi-même, à un goût pour les bagarres•
 au dessus du conduit auditif externe, remarqué chez les chiens et les hommes ayant un penchant pour le meurtre, s'associe à la lascivité, à l'oisiveté et à l'orgueil.•

 au dessus de l'arcade sourcilière, caractéristique de l'instinct de propriété, mène au vol.•

Cette théorie empiétant sur le domaine juridique, les juristes reprochaient à Gall de porter atteinte à la religion, au libre arbitre et à la liberté. Gall n'entendaient pas trancher la liberté humaine ou le déterminisme. Il reconnaît que l'homme est habité par des penchants qui inclinent sa conduite dans un sens ou un autre mais sans la déterminer complètement. La liberté de se laisser aller à ses penchants ou de leur résister fonde le droit de punir.
Il estime que sa théorie peut servir à la détermination des peines et à leur  modulations. Il distingue alors deux types d'infractions:
1)       les crimes reliés directement au penchant, l'individu ne leur a pas résisté
2)     les crimes où le penchant fait défaut et le comportement du criminel s’expliquent par les circonstances. (ex: un père veuf assassine un goujat ayant engrossé puis abandonné sa fille unique serait poussé par un sentiment d'honneur)
La cranioscopie permet de révéler une saillie indiquant la présence de l'instinct carnassier. Cela permettrait de définir la probabilité de récidive. Un penchant révélé imposerait une peine fort longue, non pas en fonction de la gravité de l'infraction mais pour protéger la société.

Le conflit entre médecins et juristes se tend sur le débat du libre arbitre et du déterminisme. Ce débat trouve son importance lors de l'apparition des circonstances atténuantes. Le courant italien plaide pour une prédominance des scientifiques dans ce débat.


1.2. Le positivisme d'Auguste COMTE (1798-1857)

COMTE est un philosophe, collaborateur de SAINT-SIMON. Ces pensées s'inscrivent dans une période d'euphorie industrielle. Il rêve de faire converger les esprits vers une doctrine unique. Il veut faire de la politique une science positiviste. COMTE est un positiviste évolutionniste, il propose une évolution de l'individu et de la société en plusieurs stades :
-    Stade théologique et militaire : stade caractérisé par une explication imaginative et surnaturelle des phénomènes. Au point de vue de la religion, on passe du fétichisme au polythéisme et du polythéisme au monothéisme.
-    Stade métaphysique et légiste : les explications surnaturelles sont remplacées par des explications abstraites.
-    Stade positif et industriel :   Stade où les hommes renoncent à chercher les causes profondes de l'essence des choses. Ils se contentent de découvrir les fondements des lois effectives par l'observation et le raisonnement.

La pensée de COMTE est calculante et inductive. Il avait l'ambition de réorganiser la société. Il fonde une théorie de l'Etat dont le Dieu doit être le grand être de l'Humanité. "L'amour pour principe, l'ordre pour base et le progrès pour but".
Cette idéologie a eu une influence considérable outre-Atlantique, notamment au Brésil. COMTE avait pour ambition de classer les hommes.





1.3. La lignée statisticienne d'Adolphe QUETELET (1796 – 1874)

Au cours du 19 ème siècle, se développe la statistique criminelle. Les pouvoirs publics donnent à ces chiffres une finalité politique. QUETELET utilise les données criminelles pour en faire une analyse scientifique. Ces travaux ont un objectif sociologique. Selon QUETELET, ces statistiques sont sensées être un indicateur des phénomènes sociaux. Ces statistiques doivent résoudre des problèmes dont la criminalité.
QUETELET fait partie de l'école cartographique. Il émet une thèse d'un passage selon les zones d'une criminalité musculaire à une criminalité rusée. Son ouvrage principal s'intitule "Sur l'homme et le développement de ses facultés. Essai de physique sociale" paru en 1869. Il consacre une partie de son œuvre à la recherche de lois régissant la criminalité et de facteurs induisant les phénomènes sociaux.
Le penchant au crime est défini comme une possibilité plus ou moins grande de commettre un crime. Ce penchant est une probabilité statistique portant sur l'Homme ou sur un groupe d'homme. QUETELET s'aperçoit que ce penchant au crime ne coïncide pas avec la moralité d'une population. Il existe une relation entre moralité d'une population et penchant au crime mais le penchant est souvent influencé par les tentations auxquelles sont exposés les individus et les occasions de passage à l'acte se présentant. QUETELET étudie des groupes suffisamment grands et dégage une population majoritaire représentée par l'homme moyen. L'Homme Moyen est un groupe d'homme majoritaire et statistiquement majoritaire. Il confond normalité et majorité statistique. Aux extrémités se trouvent d'un coté des hommes au penchant au crime très fort, de l'autre des hommes au penchant très faible.

Quels sont les penchants sociaux menant à la criminalité?
Il est difficile de hiérarchiser les causes. Ces causes se trouvent dans la société qui renferment en elle-même les germes de la criminalité. Il met en évidence des facteurs démographiques : "les sociétés ont les délinquants qu'elles méritent". A. LACASSAGNE.
Le milieu social est le bouillon de culture de la société. Le microbe est le criminel. Il n'a d'impact que s'il trouve le bouillon.
QUETELET découvre des départements très pauvres ayant des taux de criminalité très faibles tandis que d'autres départements plus riches ont des taux de criminalité très élevés. Il conclut que les distorsions entre les possibilités matérielles et les aspirations   des individus mènent à la criminalité. Selon lui, le passage du bien-être à la misère est dangereux. Des brusques changements d'état donnent naissance aux crimes, surtout si les personnes souffrant du changement d'état sont irrités par le luxe et les différences de fortune.
L'ambition est de connaître les causes sociales de la criminalité est liée à la volonté de combattre le crime en incitant les gouvernements à la réforme. La prévention est primordiale. La justice de prévention   est un recours plus efficace qu'une justice de répression. Il faut intensifier l'instruction et l'éducation morale.




1.4. L'évolutionnisme de Charles DARWIN
DARWIN a les mêmes préoccupations que QUETELET et COMTE. Il veut " mettre de l'ordre". L'idée centrale de DARWIN est la persistance des plus aptes à la conservation et à l'élimination des sujets qui présentent des variations nuisibles.
Les ancêtres de l'homme constituent un lien de continuité   avec les formes de vie les plus simples. L'homme est envisagé comme une créature de l'univers comme les autres sans lien privilégié avec Dieu. Il est déterminé par son passé et ses antécédents biologiques. Le comportement de l'homme ne peut être le résultat du libre arbitre.
A la fin du 19 ème siècle, les théories de Gall tombent en désuétude mais on conserve la distinction entre infractions liées aux circonstances et celles liées aux penchants.
Les phrénologues croyaient au déterminisme biologique mais ne pouvaient expliquer pourquoi deux personnes ayant les mêmes caractéristiques crâniennes, soumises aux même conditions extérieures pouvaient avoir des comportements différents. Le facteur héréditaire constituerait le point de jonction, les tares héréditaires expliquant les différences. L'existence d'instinct dépravé est expliqué par l'hérédité.
Selon Prosper LUCAS dans son "traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle", les facteurs du milieu social sont présentés comme des facteurs accessoires pour expliquer des comportements   fondamentalement basés sur l'hérédité. Il développe une idée selon laquelle les individus vivant dans le prolétariat vive dans un milieu si défavorable que leur penchant supérieur s'en retrouvent atrophiés tandis que les penchants animaux sont souvent sollicités. Le déterminisme est ici modéré, Lucas affirme que l'homme est libre de céder ou non à la prédisposition biologique.

A partir de la deuxième moitié du 19 ème siècle, on dégage les typologies de la "race criminelle". Certains anatomistes affirment que la race criminelle est une variété humaine marquée par des caractéristiques particulières. On y recherche des signes, des stigmates, des constantes relevant un différentiel d'évolution.
Arthur Bordier, professeur d'anthropologie médicale à Paris, à partir d'une collection de crâne de guillotinés, observe un volume crânien considérable qui, selon lui, met ne évidence des traits régressifs :
-    Une faible courbe frontale mettant en évidence une infériorité mentale quasi-préhistorique
-    Une importance de la région pariétale et un renflement des arcades sourcilières témoignent d'une monstruosité cérébrale, un retour atavique de l'homme de l'âge de la pierre taillée.
Le criminel est une image vivante des origines préhistoriques (…) un débris.
Selon DARWIN, le germe fécondé de l'animal supérieur est bourré de caractères invisibles éloignés nous de plusieurs milliers de générations.

2. L 'école positiviste italienne

2.1.Le positivisme en criminologie

LOMBROSO est plus un héritier culturel qu'un pionnier. L'œuvre des positivistes est la cristallisation d'un nouveau courant.   Ils sont hostiles à la théorie du criminel né. Les positivistes sont fidèles au programme de COMTE : fixer la connaissance sur l'expérimentation et sur l'observation, mesurer les faits sur l'observation plutôt que sur la théologie. Est considéré comme positiviste celui qui adhère aux trois principes suivants :
-    "L'empirisme et pas les spéculations". Ils récusent la pensée déductive et abstraite d'auteurs comme BECCARIA, ces pensées n'étant que vaine spéculation.
-    L'objet de la criminologie est le criminel. Le criminel est perçu comme différent du non criminel. Le crime ne serait qu'une abstraction juridique sans intérêts. La seule réalité qui importe est l'examen scientifique du criminel.
-    L'explication du comportement criminel se retrouve dans des dispositions installées à demeure chez des êtres distincts des autres hommes

Conséquence pratique : le problème criminel   tient à une minorité d'être trop enclin au crime. Il faut traiter les prédispositions et éliminer les individus les plus dangereux.
Le crime ne résulte pas d'un choix, il a une perspective déterministe.

Le déterminisme est une doctrine philosophique, un principe selon lequel il existerait un ordre des faits suivants lesquels les conditions d'apparition d'un phénomène étant déterminées, le phénomène ne peut que se produire.
Ce principe renvoie au paradigme de LAPLACE :
"Un observateur omniscient qui se pencherait sur l'univers s'apercevrait que le monde est déterminé et il est possible de déterminer l'apparition d'un phénomène. Il est possible d'établir des lois car l'univers reprend des régularités".

Il serait possible d'établir des lois sociales des répartitions des faits. Les sociologues étant chargés de rechercher des faits sociaux. Cependant, le bilan de ces lois est mitigé, négligeant la place du chaos, du libre arbitre…
Le fatalisme donne la vision d'un univers où règne le hasard. Cet échec de la recherche de lois a mené vers une   revue des ambitions plus limitée ; on se base plus sur des modèles et certains sociologues renoncent à établir des lois.
Le refus du déterminisme ne conduit pas aux refus de reconnaissance de conditionnements multiples. La multiplicité des conditionnements permet de garder quant à soi son conditionnement.




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