lundi 22 avril 2019

Principaux concepts en psychologie criminelle

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Principaux concepts en psychologie criminelle





Principaux concepts en psychologie criminelle

         Principaux concepts en psychologie criminelle              

En tant que discipline autonome, la psychologie criminelle s’efforce de dégager les principes et les méthodes d’approche de la personnalité du criminel, notamment  à l’aide de questionnaires, de tests d’intelligence et de caractère ainsi que de tests projectifs tels le TAT et le Rorschach.

Elle se concentre sur l’étude des délinquants qui ne relèvent pas de la nosographie psychiatrique mais dont les troubles de la personnalité, en relation avec une situation donnée particulièrement stressante peuvent les mener à un passage à l’acte criminel.
La psychologie moderne définit la personnalité selon deux critères essentiels : l’unité et l’identité du moi, ainsi que par les sentiments personnels.

C’est grâce à la personnalité que s’établit un lien entre l’organisme et le milieu, que les sentiments collectifs, les croyances, les idées morales sur la conduite sont confrontés avec les tendances instinctives et affectives du sujet en fonction de ses possibilités intellectuelles.
Autrement dit, la personnalité règle la fonction morale. Elle soumet l’idée d’un acte possible à un examen moral, elle diffère la satisfaction immédiate d’une tendance instinctivo-affective en la comparant aux évaluations socioculturelles généralement acceptées.
(sentiments de honte ou de culpabilité)




Ces données montrent l’importance du concept de personnalité en criminologie tout en gardant à l’esprit le complexe personnalité-situation qui constitue la base même du passage à l’acte. Ne pas méconnaître cependant que la personnalité présente plusieurs facettes, c’est un kaléidoscope avec ses aspects changeants et ses évolutions.
Aborder des traits de personnalité, n’est pas réduire le sujet à ce seul profil. 
En criminologie, il conviendra aussi de s’interroger sur le concept d’état dangereux.

A la base de tout acte criminel, il y a une tension psychologique engendrée par la situation spécifique rencontrée par le sujet. Cette tension provoque une rupture de son équilibre psychique. Au cas où ce rétablissement n’a pas lieu (procédés de défense du moi inefficaces), les frustrations devenues intolérables favorisent le passage à l’acte  pour rétablir l’équilibre menacé.

La construction de la personnalité

Elle s’effectue au cours de différentes étapes en relation avec le milieu familial dont l’influence est importante au regard de l’éducation et des principes moraux inculqués à l’enfant.
Les psychologues et les criminologues ont attiré l’attention sur la qualité de la petite enfance (nourrissage, rôle maternant, crèches, placement en institution, abandon) qui détermine les relations futures étant adulte (attachement pathologique, deuil impossible, troubles des identifications et des repères par exemple)
Des expériences scientifiques (H.Harlow en 1959) ont montré la primauté de la présence maternelle chaleureuse sur la nourriture.
En 1964, le psychologue américain René Spitz a mis en évidence les méfaits des carences affectives précoces menant de la dépression au dépérissement et à la mort.
On pourrait encore citer Bowlby,  M. Malher, Winnicot (la mère suffisamment bonne), Mélanie Klein (la bonne et la mauvaise mère), Françoise Dolto et toutes les recherches actuelles (Maurice Berger) sur l’importance des premières années de vie.
 Des études américaines récentes ont montré une corrélation entre les troubles du maternage (mère ambivalente, anxieuse, instable) et la psychopathie de l’enfant devenu adulte.
La famille joue un rôle fondamental en ce qui concerne les processus d’imitation et de répétition des modèles de comportement. Certaines familles sont considérées comme pathogènes (familles incestueuses par exemple)
Les identifications aux personnes importantes de l’enfance (père, mère, fratrie) imprègnent la personnalité toute entière et peuvent être criminogènes.
Il y a lieu de noter l’importance des apprentissages en particulier les acquisitions scolaires.
Le bas niveau d’acquis scolaires et culturels est un facteur de criminalité en particulier quand il est lié à un déficit intellectuel ne permettant pas d’apprécier la gravité des actes de délinquance et les risques de sanction encourus.

L’adaptation sociale passe habituellement à l’adolescence par le rattachement à un groupe ou à une bande ( groupe d’amis, de quartier, d’école, de sport, de culture, lien internet) d’où l’importance que peuvent exercer sur des esprits faibles et influençables  des meneurs délinquants. Le conditionnement des comportements délinquants s’acquiert souvent dans les bandes organisées (vols, racket, chapardages, destruction de véhicules).




Parmi l’ensemble des traits qui constituent une personnalité, on regroupe sous le terme de caractère les éléments les plus importants du comportement.
Ont ainsi été mis en évidence des typologies caractérologiques (nerveux, passionné, colérique, sanguin, apragmatique, apathique) basés sur l’émotivité, l’activité et le degré de réactivité aux événements.
Les troubles du caractère se manifestent dans une conduite inadaptée aux exigences sociales mais compatibles avec une lucidité suffisante pour en assumer la responsabilité.

Deux théories s’opposent sur l’origine des troubles du caractère : celle qui admet l’importance de l’éducation et celle qui y voit des dispositions constitutionnelles.
On distingue, parmi les troubles du caractère, les individus imaginatifs et fantaisistes, jaloux, vindicatifs, colériques, cyclothymiques, excitables ou déprimés, indolents, hyperémotifs, mythomanes, obsédés, impulsifs.

Les troubles légers du caractère ne doivent pas être retenus comme facteurs de délinquance. Seuls doivent compter les troubles graves compromettant l’adaptation familiale, professionnelle et sociale.
Le complexe d’infériorité de Adler ,non basé sur l’hérédité mais sur un sentiment de frustration intense, lié à une infériorité corporelle (petite taille), sociale (milieu  pauvre), économique (chômage)ou culturelle (ethnie), vécue comme une injustice manifeste face à des aspirations légitimes, se retrouve assez souvent dans des actes d’opposition, de destruction, de compensation, de vengeance.

DIVERSES INTERPRETATIONS DU CONCEPT DE PERSONNALITE

La notion de personnalité reste un concept fondamental de la psychologie criminelle mais sa définition a donné lieu à des orientations différentes.
Deux grandes tendances s’opposent. Pour la première, la personnalité est la somme des qualités de la personne et elle se définit comme la synthèse globale de celle-ci. (conception statique et descriptive). Les membres d’une même société aurait en commun des éléments semblables de personnalité formant une « personnalité de base »

Pour la seconde, la personnalité est la faculté de se comporter de telle ou telle manière, de choisir telle ou telle conduite dans les situations les plus diverses dans lesquelles un individu se trouve placé. C’est une conception dynamique de la personnalité qui s’adapte beaucoup mieux que la précédente à l’objet de la criminologie.




Les personnalités pathologiques

Il ne s’agit pas de personnalités relevant de la psychiatrie mais accusant des troubles de la personnalité au long cours.
Ces types de personnalité (traits de caractère) étant les plus fragiles face aux situations de stress réagissent de façon inadaptée dans la confrontation avec des situations inattendues :
On peut citer :
1 la personnalité histrionique ou hystérique comporte un certain nombre de traits de caractère qui vont conditionner des comportements.
Il s’agit d’immaturité affective avec labilité émotionnelle. Cette personnalité souhaite vivre dans un monde infantile et désexualisé. Conduites de dépendance, de passivité, de suggestibilité pouvant alterner avec des périodes dépressives en liaison avec l’intolérance à la frustration. La mythomanie permet une falsification du réel qui devient moins angoissant.
 
2 la personnalité phobique a pour caractéristique l’inhibition dans les différents domaines de l’existence (relationnel, professionnel, social) .L’état permanent d’alerte est une autre caractéristique avec recherche d’évitement des conflits et parti pris de fuite pour éviter l’angoisse qui surgit même dans des situations anodines.

3 la personnalité obsessionnelle est dominée par le doute, la rigidité, l’obstination, la froideur, l’agressivité. Les mécanismes de défense du moi les plus utilisés sont l’isolation et l’annulation pour isoler l’affect de la représentation déplaisante.

 4   la personnalité anxieuse est marquée par un sentiment d’insécurité, d’incertitude, d’indécision. Lorsque s’ajoutent  les troubles de l’identité, on évoque les états limites entre névrose et psychose.

 5   la personnalité paranoïaque, très répandue, est marquée par l’orgueil, la méfiance, la rigidité, l’insociabilité, l’autoritarisme, avec tendance à se sentir dédaigné et trompé. Apparence de froideur et d’impassibilité.

  6   la personnalité narcissique croit toujours avoir droit, a un sentiment grandiose de soi, une recherche excessive d’admiration, des fantasmes liés au pouvoir, à l’argent, à la réussite sociale.

  7  la personnalité antisociale et en déséquilibre psychique se comporte avec dépendance à des comportements stéréotypés, chroniques où se retrouvent l’impulsivité, l’incapacité à s’adapter aux règles, l’instabilité affective et sociale, l’intolérance à la frustration, l’incapacité à éviter les mêmes erreurs.
Les premiers troubles apparaissent dès l’enfance (école buissonnière, fugues, vols, bagarres, dégradations, refus d’autorité)

8 La personnalité état-limite ou border line qui se situe à la charnière de la névrose et de la psychose. C’est un mode général d’instabilité de l’image de soi et des affects avec une impulsivité marquée.
Les troubles affectent l’identité et provoquent des sentiments de vide, d’abandon, de dysphorie épisodique, d’anxiété diffuse, d’irritabilité. Alternance entre des positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation.
Attitudes suicidaires fréquentes, troubles relationnels importants, conduites à risque, alcoolisme, toxicomanie. En cas de stress, des moments de dépersonnalisation ou des comportements délirants peuvent survenir.

La psychologie criminelle détermine à partir de ces comportements ceux qui pourront plus spécifiquement déterminer la personnalité criminelle  

Le concept de personnalité criminelle ne renvoie pas à une variante anthropologique  et fixiste (comme le type criminel de Lombroso). D’une part, il admet qu’il n’y a pas  de différence de nature mais de degré entre délinquant et non délinquant ( Kinberg) ;
D’autre part, il tient compte du fait que la personnalité est dynamique et, que dans certaines limites, elle est évolutive (De Greef).




Définition de l’état dangereux

C’est la très grande probabilité qu’un individu commette un délit

Eléments constitutifs de l’état dangereux
Pour le criminologue Garofalo, la très grande probabilité qu’un individu commette un délit est fonction de deux facteurs, sa capacité criminelle et son degré d’adaptabilité.

D’après Pinatel, certains traits de personnalité se retrouvent dans toutes les recherches des criminologues et constituent le noyau central de la personnalité criminelle qui gouverne le passage à l’acte
Ce sont : l’agressivité, l’impulsivité, l’égocentrisme et l’indifférence affective.
Ces quatre éléments conjugués dans des proportions différentes selon les individus constituent la capacité criminelle du sujet.

L’autre caractéristique de la personnalité criminelle est son degré d’adaptabilité ou encore sa capacité d’adaptation à la vie sociale, l’intériorisation des interdits, le respect des normes sociales établies. La réaction non adaptée en cas de frustration ou de stress se manifeste par des symptômes exagérés par rapport à une réaction normale et prévisible et surtout par un état d’angoisse pouvant paralyser les réponses intellectuelles et affectives attendues et provoquant un passage à l’acte exutoire ou encore à valeur cathartique.

A partir des formules individuelles de la capacité criminelle et de l’inadaptabilité, il est possible de formuler le diagnostic d’état dangereux qui se présente comme un diagnostic clinique et un diagnostic étiologique.

Finalement, quatre combinaisons se trouvent possibles

1 Capacité criminelle  très forte et adaptabilité élevée réalisent la forme la plus grave de l’état dangereux. C’est le cas des grands criminels dénués de moralité et paraissant bien adaptés aux normes sociales (scandales policico-financiers)

2 Capacité criminelle très élevée et adaptabilité faible se manifestent chez les gangsters et professionnels du crime qui sont incapables de se plier aux exigences de la société par un travail régulier et un statut conformiste. Ils sont, en conséquence assez aisément repérés.


3 L’état dangereux peu grave mais favorisant un sentiment d’insécurité dans la population, existe lorsque la capacité criminelle et l’adaptabilité sont  peu élevées. Il s’agit dans ce cas de marginaux, d’inadaptés sociaux et psychiques qui peuplent les prisons, sont exposés à la délinquance chronique et sont très souvent récidivistes. On y place les individus psychopathes.

4 L’état dangereux le moins grave (état habituel de la population) existe lorsque la capacité criminelle est peu élevée et l’adaptabilité très élevée. On rencontre dans cette hypothèse des occasionnels et des passionnels qui auront parfois commis un crime important dans une situation exceptionnelle mais qui ne récidiveront jamais.
A la lumière de ces observations, on comprend que l’état dangereux est la clef de voûte de la psychologie criminelle qui cible en particulier la capacité criminelle et l’adaptabilité.
Les formes de l’état dangereux

O n peut distinguer deus formes d’état dangereux : l’état dangereux chronique ou permanent et l’état dangereux de crise.
a) L’état dangereux chronique ou permanent a été défini comme une modalité psychologique et morale d’un individu dont le caractère est d’être antisocial. Le terme « état » exprime ici quelque chose de stable, de permanent.
Il existe un certain nombre de délinquants dont la personnalité est telle qu’ils présentent un état dangereux de cette sorte. Mais au sein même de cette catégorie , il faut faire des sous-distinctions d’après :
- l’intensité de l’état dangereux  entre délinquants professionnels et récidivistes ordinaires
- l’orientation de l’état dangereux entre les spécialistes qui commettent  toujours le même type d’infractions et les mixtes qui commettent des infractions de nature diverse
- le moment de l’apparition de l’état dangereux entre les délinquants précoces et les autres.

b) L’état dangereux de crise qui caractérise  la plupart des délinquants est celui où le sujet passe par une crise avant de perpétrer l’acte criminel. On sait que De Greef a particulièrement bien analysé  cette crise en distinguant  entre trois phases successives :
- la phase de l’acquiescement mitigé,
- la phase de l’assentiment formulé
- et la phase de la crise proprement dite.

Quelques remarques pour clarifier la relation entre la Psychiatrie et la Criminologie Clinique :
-L’acte criminel ne signe pas obligatoirement un état de « folie »
-Un certain nombre de délinquants présente des signes de maladie mentale avérée évaluée par les psychiatres (environ 3%) mais leur proportion est variable selon les époques.
-La considération du délinquant est en fonction de l’état de la Société, de sa tolérance, de la législation répressive en vigueur, des conceptions psychiatriques du moment (ex pour l’avortement et l’homosexualité).
-Le plus grand nombre de délinquants ne présente pas de troubles mentaux selon la nosographie psychiatrique mais présente des perturbations de la personnalité, ce qui relève du champ des psychologues, des travailleurs sociaux, des policiers, des magistrats et bien sûr des criminologues.


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